Note: ⭐️⭐️⭐️⭐️
Le profil de l’auteur
Gustave Flaubert (1821-1880) est l’un des plus grands romanciers français du XIXe siècle, considéré comme le maître du réalisme.
Fiche technique
Protagoniste : Emma Bovary, femme insatisfaite, nourrie de lectures romantiques.
Époque : Le passage du Romantisme au Réalisme
Thématiques clés
- Le Bovarysme : Ce concept, né de ce livre, désigne un état d’insatisfaction chronique, une tendance à rêver sa vie et à se croire autre que ce que l’on est.
- L’ennui : Le moteur de toutes les erreurs d’Emma. C’est l’ennui de la province, de la routine et d’un mari officier de santé sans ambition.
- L’argent et la dette : Le drame n’est pas seulement sentimental, il est financier. Emma tente d’acheter le bonheur par des objets de luxe, ce qui la mène à la ruine.
Le résumé
L’histoire débute sur une partie de moquerie dans un collège à Rouen dont est l’objet Charles Bovary, dès lors âgé de 15 ans, venu tout droit de la campagne avec en main une grande timidité. Son père, aide-chirurgien, compte peu de succès, sa mère, une femme présomptueuse, le prend sous son aile. Charles Bovary a fait médecine, mais n’est que simple officier de santé. Il épouse sans amour une veuve pleine aux as du nom d’Héloïse Dubuc.
Un jour, la famille Rouault fait appel à Charles à cause d’un pied malade et c’est là qu’il rencontre Emma Rouault, qui deviendra sa seconde épouse, Madame Bovary.
Dans le livre magnifiquement écrit de Flaubert, on dénombre des madame et des monsieur Bovary, mais « Madame Bovary » comme le titre l’indique fait référence à laquelle ?
Après le mariage de Charles, un bonheur entier semble souffler sur la famille, l’auteur parle de repas en tête-à-tête, de promenade à la tombée de la nuit… mais Emma avait comme un rejet pour son mari. Les baisers de ce dernier ne l’enchantaient guère… Emma, grande lectrice de George Sand, est pour moi comme une adolescente qui n’a pas grandi, qui a un modèle d’homme (j’ai envie de dire parfait) tout tracé dans la tête… Ce livre particulièrement cruel à mon goût, poursuit son chemin quand Emma fait des frasques adultérines.
Emma se sent étouffée d’ennui, elle voit son mari comme un homme sans personnalité. Il remet même en question la passion longuement lue dans les livres, le véritable amour. De plus, les commentaires désobligeants de Madame Bovary mère ne font qu’embarrasser son quotidien déjà lourd, sous le regard laxiste de son époux.
Par la suite, on découvre la tendre Emma dans les bras d’autres hommes, on découvre une Emma dépensière et dépressive. Ce mariage qui avait pourtant si bien commencé se retrouve enchaîné de part et d’autre par le mensonge, la distance…
Emma n’a jamais regardé Charles comme elle a regardé Rodolphe et Léon. Même après son empoissonnement à l’arsenic, elle n’a gardé au plus profond de son cœur qu’un piètre souvenir de ce mariage qui n’aurait pas dû avoir lieu.
Charles se meurt de chagrin à la mort d’Emma et c’est (leur fille à tous les 2) Berthe qui découvre le corps sans vie de son père avec en main, cette fois, une mèche de cheveux de la femme qu’il a toujours aimée.
Analyse croisée
Don Quichotte au féminin : Tout comme Don Quichotte devient fou en lisant des romans de chevalerie, Emma s’empoisonne l’esprit avec la littérature sentimentale. Flaubert dénonce ici le danger des fictions qui nous déconnectent du réel.
Anatomie d’une chute : On peut croiser Madame Bovary avec Anna Karénine de Tolstoï. Dans les deux cas, la femme adultère cherche la liberté, mais finit broyée par une société hypocrite et par sa propre désillusion. Cependant, là où Anna est une tragédienne, Emma est une figure pathétique : elle cherche le sublime mais ne trouve que des amants médiocres.
Pourquoi lire ce livre ?
Pour la précision du scalpel : Flaubert, fils de chirurgien, dissèque les sentiments humains avec une précision clinique. On ne lit pas ce livre pour l’action, mais pour la justesse effrayante des émotions décrites.
Pour le style : Chaque phrase est une œuvre d’art. Le rythme, les descriptions (la casquette de Charles, le bal de la Vaubyessard) sont des sommets de la littérature mondiale.
Pour sa cruauté nécessaire : C’est un livre cruel. Il nous force à regarder en face nos propres insatisfactions. La fin de Charles, mourant d’amour pour une femme qui l’a méprisé, est l’un des moments les plus déchirants de la littérature.
Bonus
À la question de savoir qui avait servi de modèle pour son héroïne, Flaubert aurait répondu : « Madame Bovary, c’est moi. »
Carlile Perrin