Note: ⭐️⭐️⭐️⭐️
Le profil de l’auteure

Françoise Dorin (1928-2018), artiste française polyvalente : parolière célèbre, romancière et dramaturge à succès. Fille du chansonnier René Dorin, elle a marqué la chanson française (notamment auprès de Charles Aznavour) avant de devenir une figure majeure du théâtre de boulevard et de la littérature.
Fiche technique
Époque : Fin des années 80 (1987). C’est une époque charnière où la France bascule pleinement dans la société du spectacle.
Date de parution : 1987
Genre : Roman de mœurs / Comédie sociale
Structure : Narration linéaire centrée sur l’évolution psychologique de Georges Val face au regard des autres.
Thématiques clés
- Le conflit de générations : L’opposition entre Georges (le monde d’hier, l’épargne, le sérieux) et ses enfants (l’image, l’érotisme, le succès rapide).
- La « Paraitromania » : Terme cher à Dorin qui désigne l’obsession de l’apparence et le besoin d’exister à travers le regard du public.
- Le retournement des valeurs : Ce qui autrefois provoquait l’opprobre (le film érotique, la nudité) devient ici un vecteur de prestige social (« On en parle à la télé ! »).
- L’hypocrisie sociale : La réaction de l’entourage de Georges montre que la morale s’efface dès que la célébrité entre en jeu.
Le résumé
Les fesses de sa fille peignent les murs de tout Paris. Ce n’est pas tous les jours qu’un père se retrouve nez à nez avec les fesses de sa progéniture. Et si ça vous arrivait à vous ?
Georges Val n’est pas de ce temps-là. La paraitromania, le vedettariat, c’est pour les jeunes gens, estime-t-il.
Conseiller fiscal, bien positionné sur l’échelle des valeurs sociales, Georges, à la vue de l’affiche annonçant la sortie du film érotique Double Je dont son fils Valentin est le metteur en scène, sent déjà venir la honte, le déshonneur. Que vont penser les gens ? Va-t-il perdre des clients comme après son premier divorce ?
Georges croyait dur comme fer que son entourage allait partager ses inquiétudes, mais à son grand étonnement des félicitations pullulent. Avoir une fille dont on parle à la télévision n’est pas donné à tout le monde.
Françoise Dorin, avec une pointe d’humour dont elle seule a le secret, dépeint la société d’aujourd’hui. Françoise questionne les faits divers qui partagent notre quotidien.
Analyse croisée
On peut mettre Au nom du père et de la fille en perspective avec deux types d’œuvres :
- Avec Molière (Le Bourgeois gentilhomme) : Georges Val est un peu un Monsieur Jourdain à l’envers. Chez Molière, on veut acquérir des titres de noblesse ; chez Dorin, on acquiert de la valeur par la médiatisation. Dans les deux cas, c’est le conformisme qui est moqué.
- Avec l’œuvre de Philippe Delerm : Si Delerm célèbre les « petits plaisirs » minuscules et intérieurs, Dorin, elle, fustige la nécessité de l’éclat extérieur. Elle anticipe également les travaux de sociologues comme Guy Debord (La Société du Spectacle), mais sur un ton de comédie de boulevard, rendant la critique accessible et piquante.
Pourquoi lire ce livre ?
Pour son actualité brûlante : Ce que Dorin décrivait en 1987 avec une affiche de film est multiplié par mille aujourd’hui avec Instagram et TikTok. La question de « vendre son image » est devenue universelle.
Pour le style Dorin : Elle possède un sens de la répartie et de la formule typiquement français. C’est une lecture fluide, drôle, mais qui laisse un petit goût amer sur la superficialité humaine.
Pour l’étude de mœurs : C’est un excellent témoin de la transition entre la France des « notables » et la France « paillettes ».
Carlile Perrin