Note: ⭐️⭐️⭐️⭐️
Le profil de l’auteure

Nicole Avril est une romancière française de renom, née le 15 août 1939 à Rambouillet.
Fiche technique
Époque : Années 80.
Thématiques clés :
- Le miroir social et parental : Le livre explore l’idée que nous sommes le produit du regard de nos parents. La phrase de la mère agit comme un arrêt de mort social.
- La beauté comme valeur morale : Le roman souligne la cruauté d’une société qui lie la grâce à la valeur intrinsèque d’une personne.
- La métamorphose par la haine : Le passage de l’enfant heureuse à l’adulte tyrannique montre comment la douleur se transforme en arme de défense et de pouvoir.
Le résumé
Impressionnant contraste, Isabelle porte assez mal son prénom. C’est une adolescente que tout le monde dit laide. L’auteur de surcroît se tue à me le faire comprendre ; ô quelle disgrâce !
La quatrième de couverture avait dès le départ et de bien des manières avivé mon désir de lectrice. Ce roman de Nicole Avril met sur le tapis le sempiternel débat de la beauté et de la laideur dans une société où « les apparences suffisent à faire un monde ».
Isabelle, un de ces jours noirs qu’offre la vie, a surpris une conversation. Sa mère a crié : « Elle n’est pas seulement laide, ma pauvre chérie, elle est sans grâce, c’est pire. » Une déclaration reçue et attestée par son père. Après cette déclaration marquant pour le moins l’amertume, l’auteure m’a entraînée peu à peu au tréfonds de son être (Isabelle) et je découvre une protagoniste amère.
La fille de 13 ans heureuse hier encore est devenue une adulte terrifiante et tyrannique. Isabelle est laide mais ne le savait pas…
Analyse croisée
Le traumatisme de la parole révélatrice : Le tournant du récit ne vient pas d’un changement physique, mais d’une prise de conscience linguistique. Isabelle est laide parce qu’elle a été nommée ainsi par les deux piliers de sa sécurité : son père et sa mère. Ce n’est pas une découverte visuelle, c’est une condamnation verbale qui change sa perception du monde.
Le contraste sémantique : « Isabelle », étymologiquement lié à la pureté ou à la beauté, devient un fardeau. L’auteure utilise ce contraste pour accentuer l’ironie tragique du personnage. La laideur est vécue comme une disgrâce, mot qui porte une charge religieuse : Isabelle est exclue de la grâce divine et humaine.
De la victime au bourreau : Puisque le monde lui refuse la douceur réservée aux belles personnes, Isabelle choisit la force. Sa tyrannie est une forme de revanche : si elle ne peut pas être aimée, elle sera crainte.
Pourquoi lire ce livre ?
- Pour sa puissance psychologique : Nicole Avril décortique avec une précision chirurgicale le moment exact où l’enfance se brise. C’est un livre qui fait mal car il touche profondément : le besoin d’être validé par le regard des parents.
- Pour la réflexion sur l’apparence : À l’heure des réseaux sociaux et du culte de l’image, ce texte de 1981 reste d’une actualité brûlante. Il pose la question : que reste-t-il de nous quand on nous enlève notre droit à la beauté ?
- Pour le style de l’auteure : L’écriture de Nicole Avril est à la fois élégante et cruelle, capable de rendre la laideur fascinante et la douleur palpable.
Carlile Perrin