Note: ⭐️⭐️⭐️⭐
Le profil de l’auteur
Emmanuel Carrère, né le 9 décembre 1957 à Paris, est un écrivain, scénariste et réalisateur français majeur, particulièrement reconnu pour avoir délaissé la fiction traditionnelle au profit de la non-fiction romancée.
Fiche technique
Époque :La naissance du récit de Non-Fiction
Thématiques clés :
- L’Imposture et le Vide : Le plus effrayant chez Romand n’est pas le mensonge, mais ce qu’il faisait de ses journées : errer sur des parkings, lire des brochures dans des cafétérias. Sa vie était un trou noir dissimulé derrière une façade de réussite.
- Le regard de l’autre : Romand tue pour éviter le jugement. Pour lui, la mort de ses proches est préférable à leur déception. Il assassine l’image qu’ils ont de lui avant qu’elle ne soit brisée par la vérité.
- La figure de l’Adversaire : Le titre fait référence à Satan (l’Adversaire en hébreu), celui qui ment et qui divise. C’est la force obscure qui semble avoir pris possession de la vie de Romand, le condamnant à une solitude radicale.
Le résumé
Jean-Claude Romand a tué sa femme, ses enfants, ses parents puis a essayé de se suicider le samedi matin du 9 janvier 1993.
Meurtrier incendie. Accident de chaudière, ils étaient déjà morts quand le feu a éclaté selon les enquêteurs.
Un mot écrit de la main de Jean-Claude Romand a été retrouvé. Sa vie professionnelle, sa carrière, tout était un parfait mensonge, une histoire cousue de fil blanc. Monsieur n’est pas médecin. Il n’a jamais été reçu cinquième à l’internat de Paris.
Le 30 août 1993, Emmanuel Carrère, écrivain estimé, dans une lettre soigneusement écrite au présumé coupable, demande une interview en vue d’écrire, de comprendre son histoire, mais c’est après deux ans qu’il a eu gain de cause.
Emmanuel Carrère, dans une certaine mesure, a tissé des liens indélébiles avec l’imposture, le scandale. Jean-Claude Romand, d’après l’auteur, a menti pendant 18 ans et est passé à l’acte pour éviter les regards qui se font jugements.
Analyse croisée
Le lien auteur-meurtrier : Ce qui rend le livre fascinant, c’est la relation entre Carrère et Romand. Carrère avoue qu’écrire ce livre est une forme de fréquentation du diable. Il se demande si, en tant qu’écrivain (celui qui invente des vies), il n’est pas un peu cousin de cet imposteur.
L’absence de mobile classique : On ne tue pas pour l’argent ou par passion, mais pour maintenir une fiction. C’est un crime métaphysique. Romand a tué pour ne pas exister aux yeux du monde comme un raté.
Le choc du réel : On finit le livre avec une sensation de vertige : comment un homme peut-il supporter 18 ans de silence quotidien ?
Pourquoi lire le livre ?
Pour la psychologie des profondeurs : C’est l’une des études les plus fines sur la mythomanie et la honte. On plonge dans les mécanismes d’un cerveau qui préfère le néant à la vérité.
Pour l’écriture de Carrère : Sa plume est d’une sobriété chirurgicale. Il ne cherche pas à faire du sensationnalisme, mais à être au plus près de la vérité humaine, aussi laide soit-elle.
Pour la réflexion sur le mensonge : Le livre nous interroge sur nos propres petits arrangements avec la réalité. À quel point jouons-nous tous un rôle pour plaire à notre entourage ?
Carlile Perrin