Note: ⭐️⭐️⭐️⭐
Le profil de l’auteur
Reynold Eustache est un écrivain et chercheur haïtien, reconnu pour son travail sur la dimension socio-historique du vodou en Haïti. Il est né le 24 septembre 1946 dans le Plateau central, au sein d’une famille liée à la résistance des Cacos lors de l’occupation américaine. Houngan Asongwe, c’est un défenseur actif de la culture vodou.
Fiche technique
Thématiques clés :
- Le syncrétisme et la résistance : Comment le Vodou a utilisé le catholicisme comme masque pour survivre.
- La magie instrumentale : La distinction entre la foi (la tradition) et l’usage utilitaire de la magie (Wanga, Pwen) pour résoudre des problèmes immédiats.
- La déshumanisation : Le lien direct entre la perte des racines africaines et les maux actuels de la société haïtienne.
- Le paradoxe de l’appartenance :Tout le monde y est et n’y est pas. Le Vodou est l’âme du pays, mais il est souvent renié publiquement.
Le résumé
Magie signifie Wanga, Pwen, expédition, cartomancie, influence à distance, maladie surnaturelle, maladie, prise de possession selon le Houngan Asongue Reynold Eustache. « Le Vodou et la Résistance Ayisyèn Permanente » est honnêtement une lecture que j’ai mis du temps à embrasser. Si au début de l’année, j’avais opté pour une lecture en diagonale, ces derniers jours, je me suis même surprise en train de voyager entre des pages meublées de découvertes. Il faut dire que les premières pages avaient nourri chacune de mes journées ; néanmoins, arrivée au beau milieu du livre, j’ai été frappée par un vent de déception (impression personnelle). Les mots qui avaient plu à mon cœur au départ, devenaient ceux qui alimentaient mon inquiétude. Le livre avait pris une tournure pour le moins inattendue. Pourquoi parler des autres croyances quand on a tant à offrir à un esprit (mon esprit) mûr d’impatience ? (ma question reste sans réponse)
L’auteur du livre « Lapriyè Ginen », Max Beauvoir (cité par Reynold Eustache), a fait savoir que dans le Vodou Dieu est femme et son nom est Yehwe. » Une information (est-ce vraiment une information?) qui m’a tout bonnement volé un grand sourire.
« Le Vodou et la Résistance Ayisyèn Permanente : de la période coloniale à nos jours » contient 9 chapitres dont La résistance Vodou à la christianité, Résistance Vodou et Religion Catholique, Vodou et Religions Protestantes, Vodou et autres confessions religieuses de nature protestante, Processus de déshumanisation des noirs déportés d’Afrique, Résistance Vodou et Accusations politiques, les réponses.
Le Houngan Asongwe Reynold Eustache que j’ai interviewé à la sortie du livre avait souhaité que je découvre les éléments merveilleux de la tradition afro-caribéenne. C’est un livre que je ne relirai pas de sitôt ; toutefois, je crois dur comme fer que j’ai refermé ce dernier avec une certaine satisfaction. De plus, j’ai déjà ajouté le tome 2 à ma pile à lire.
« … Peu importe la position des uns et des autres à l’endroit du Vodou, indépendamment de leur hostilité, l’unanimité est faite au niveau de certaines couches de la société ayisyèn pour rejeter le Vodou tout en abusant de ses potentialités magiques pour résoudre les problèmes. C’est une mentalité acquise : “ tout le monde y est et n’y est pas ». Au fait, ce que l’on refuse, c’est l’aspect traditionnel qui rappelle l’Afrique… dès qu’il s’agit de magie, tout le monde se conforme pour satisfaire ses besoins », a écrit Reynold Eustache dans sa conclusion. L’auteur a-t-il tort ou raison ?
Analyse croisée
Le choc des croyances : En parlant des autres croyances, Eustache ne cherche pas à s’évader du sujet, mais à montrer que le Vodou ne s’est jamais construit seul : il s’est construit contre et avec les autres. C’est un système de résistance.
La figure de Yehwe (Dieu au féminin) : L’influence de Max Beauvoir est ici capitale. En affirmant que Dieu est femme, l’auteur bouscule les structures patriarcales des religions abrahamiques. C’est une information qui vise à rappeler que dans les cosmogonies africaines, l’équilibre des genres est fondamental. Le sourire que cela vous a procuré est l’effet recherché : une libération de la pensée.
Le rapport utilitaire à la magie : La conclusion de l’auteur est tranchante. Il dénonce une hypocrisie sociale : on méprise le tambour (l’Afrique), mais on court vers le secret (la magie) pour le pouvoir, l’argent ou la santé. L’auteur a-t-il tort ou raison ? Historiquement et sociologiquement, il décrit une réalité observable en Haïti : le Vodou est le recours ultime pour beaucoup, même pour ses détracteurs les plus virulents.
Pourquoi lire ce livre ?
- Pour sa valeur historique : Il documente des faits de résistance souvent occultés par l’histoire officielle.
- Pour sortir des clichés : Il définit techniquement des termes comme Wanga ou Pwen, sortant le Vodou de la simple caricature cinématographique pour lui redonner sa complexité théologique.
- Pour la réflexion sur l’identité : Il force le lecteur à se positionner. On ne ressort pas indemne de cette lecture car elle interroge notre propre rapport à l’héritage africain.
Carlile Perrin