Note: ⭐️⭐
Le profil de l’auteur

L’écrivain Bernard Clavel est né à Lons-le-Saunier il y a 100 ans, en 1923. Lauréat du Prix Goncourt en 1968 pour Les Fruits de l’hiver, il est toujours resté attaché à son Jura natal. Il résida à Château-Chalon de 1970 à 1975 et fut d’ailleurs inhumé à Frontenay. Il écrivit également le premier jet de La Femme de guerre à Bellefontaine en septembre 1977.
Fiche technique
Époque : Le XXe siècle des traditions et de l’humanisme.
Thématiques clés :
- L’Honneur contre L’Amour : Ambroise ne voit pas sa fille comme un être humain en souffrance, mais comme une tache sur son nom.
- Le Poids du silence et de l’isolement : Le Grandvaux, avec sa neige et son froid, renforce l’enfermement mental des personnages.
- L’Infanticide / Le Crime moral : Le livre explore l’idée terrifiante que l’on peut commettre le pire des crimes en étant convaincu de faire le bien ou de réparer une faute.
Le résumé
C’est mon deuxième livre de l’auteur. « Le voyage du père », lu l’année dernière, avait, quelque peu, déclenché en moi une tristesse profonde. La solitaire que je suis avait eu pour son compte.
Clavel a un sens très prononcé pour décrire, c’est l’une des choses qui me plaisent chez lui. Ce roman que j’ai malgré tout aimé a eu, sur moi, un effet assez décevant. Pas parce que le texte n’est pas à la hauteur de ce que j’espérais, mais parce qu’il était difficile de me séparer des personnages.
Ambroise est travailleur indépendant. Il est connu pour avoir un sale caractère. Fraîchement rentré d’un de ces voyages qui lui sont familiers, il a l’air heureux. Cependant, une fois le seuil de la porte franchi, il reçoit en plein cœur : la mort de sa femme et la grossesse de sa fille non mariée.
L’histoire qui se déroule en 1844 présente un homme fier, prêt à tout sacrifier pour sauver son honneur, à tuer même. Depuis son arrivée, les rapports entre père et fille ont changé. Ambroise considère Émilienne comme une pute, un déshonneur pour la famille. Couvert de honte, il se tue à trouver comment réparer l’erreur commise.
Après avoir joué toutes les cartes, la seule solution qu’il a trouvée a été de tuer. Le plus dur, ce n’est pas le fait qu’il ait tué mais la personne qu’il a tuée.
C’est un roman suffisamment cruel qui a inondé mes yeux de larmes. Un roman que je ne relirai pas.
Analyse croisée
L’honneur : Chez Clavel, l’honneur est obscur, il pousse au meurtre et à la destruction de sa propre chair.
Pourquoi lire ce livre ?
- Pour la plume de Clavel : Son talent de description. Il ne décrit pas seulement des paysages, il décrit des états d’âme géographiques. On a froid avec les personnages.
- Pour la force du drame : C’est une tragédie grecque transposée dans le Jura. C’est brutal, sans fioritures, et cela nous interroge sur ce que nous serions prêts à sacrifier pour le regard des autres.
- Pour ne pas oublier : Lire ce livre, c’est mesurer le chemin parcouru sur les droits des femmes et la liberté de disposer de son corps, des thèmes chers à Benoîte Groult.
Carlile Perrin