Note: ⭐️⭐️⭐️⭐
Le profil de l’auteur
Romuald Giulivo est né en 1973 à Provins. Architecte naval de formation, il se consacre désormais à l’écriture et aux musiques improvisées. Il est notamment l’auteur d’une trilogie à l’humeur gothique chez Bayard jeunesse, de plusieurs romans inspirés par l’actualité immédiate à l’École des Loisirs et d’un premier roman pour adultes aux éditions Anne Carrière.
Fiche technique
Époque : Le début du XXIe siècle et l’ère de l’information continue.
Contexte du récit : mars 2003, au déclenchement de la guerre en Irak, dans le huis clos d’un appartement où l’absence maternelle est comblée par le bruit de la télévision.
Thématiques clés :
- La Solitude Filiale : L’enfant qui se sent dépossédé de sa mère par le public (« Elle est chez tous ces gens »).
- L’Invasion du Réel : Le contraste entre la mère « de face » (icône publique) et « de profil » (ombre privée).
- La Fugue comme Rupture : Le sac prêt comme ultime tentative d’exister par soi-même.
Le résumé
La lecture de ce livre a amputé mon bonheur. Elle m’a fait repenser à mon enfance, à ma maman, mon seul parent.
Le 19 mars 2003, le gouvernement américain, de concert avec d’autres pays dont la Grande-Bretagne, déclare la guerre à l’Irak après le non-respect de l’ultimatum par Saddam Hussein de quitter l’Irak dans les 48 heures.
Belle et glaciale annonceuse de catastrophes comme l’auteur la dépeint, madame est présentatrice et fait un travail difficile.
Des attentats, des accidents, des offensives à commenter. Il y en aura toujours.
Ces images, son fils de bientôt quatorze ans dit les connaître par cœur. Il affirme les avoir vues et revues et avoir grandi avec elles. Les visages tuméfiés, les corps déchiquetés. Le sang. Les mouches.
Il voit sa mère de face à la télé et de profil dans la vraie vie.
Ce soir, son sac est prêt : son passeport, des caleçons, des chaussettes et son couteau-suisse, il a trop attendu, il décide de partir.
Les auteurs, les personnalités dont François Chalais ont écrit quantité de choses sur la solitude. « La solitude est un arbre sans fruits. »
Le fils de madame se sent seul, il boit, il fume, il fait l’école buissonnière.
Le fils de madame va avoir quatorze ans, selon lui, si sa mère n’est pas à la maison, c’est parce qu’elle est chez tous ces gens qu’elle informe en permanence.
Analyse croisée
Ce livre a créé un pont douloureux avec ma propre histoire :
- L’insoutenable : On y retrouve cette confrontation avec une mère forte, exposée, et la difficulté pour l’enfant de trouver sa place dans cette ombre lumineuse.
- L’ombre de la solitude : Comme François Chalais ou Bernard Clavel, Giulivo traite de la marginalité. Mais ici, la marginalité est intérieure : on est marginal au sein même de sa propre famille.
- L’écho de la trahison : Le fils se sent trahi par le métier de sa mère.
Pourquoi lire ce livre ?
Une écriture de la dépossession : Giulivo excelle à décrire comment le métier d’un parent peut « amputer » le bonheur d’un enfant.
La collision des mondes : Le livre met en parallèle la grande Histoire (la guerre en Irak) et la petite histoire (un gamin qui prépare son sac), rendant l’une et l’autre tout aussi tragiques.
Le silence des chambres d’enfants : Une réflexion poignante sur ce que deviennent les enfants de ceux qui sont trop occupés à raconter le monde.
Carlile Perrin

